Anne Joubert. Une vie aux côtés des exclus.

Le 22 janvier 2009
0

Dans son livre De la zone à l’ENA (éd. Le Cherche Midi), Anne Joubert raconte son parcours, de sa jeunesse dans la rue aux bancs de l’ENA.

0811-06Joubert
A 46 ans, Anne Joubert a déjà vécu au moins cinq vies. Une vie dans la rue. Par choix. Par idéologie aussi. A l’adolescence, naît en elle une volonté révolutionnaire de changer la société. « Mais je n’ai pas trouvé de révolution dans laquelle m’investir. Puisque je ne pouvais pas changer la société, j’ai choisi de m’en exclure ». Anne part vivre dans la rue. Elle a 17 ans.
De ces deux années à zoner, elle garde un bon souvenir. Presque nostalgique. « J’ai rencontré des gens formidables » Mais à cette époque précise-t-elle, ceux qui vivent dans la rue sont surtout d’anciens babas, tombés dans l’alcool avec ce même refus de la société. « Pour la plupart, la rue était un choix. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas. ». Aujourd’hui, remarque Anne, les jeunes ne savent pas où diriger leur haine de la société, ni comment. Ils s’attaquent à tout et à tous.
>> Sortir de la rue pour garder son enfant
C’est sa vie de mère qui la décide à sortir de la rue. Anne ne veut pas qu’on lui prenne l’enfant qu’elle attend et qu’on le place à la DDASS. « Cette fois-ci, je n’avais pas le moyen de vivre en dehors de la société ».
Anne reprend alors une vie d’étudiante. Enceinte, elle passe son bac puis, intègre l’Ecole française des attachés de presse et devient journaliste. Elle passe le CAPES puis devient prof. Une vie dans les quartiers difficiles, en ZEP. « J’aurais peur chez les chéris » se plaît-elle à dire à l’époque à ses élèves. Prof, Anne est celle qu’elle a toujours été. Elle veut rester « auprès de ceux qui ont le plus de difficultés, ceux qui ont besoin qu’on s’investisse. » Des gamins souvent insupportables en cours, elle le reconnaît, mais avec « une intelligence et une richesse qui ne demandent qu’à être poussées et valorisées ». La jeune femme est convaincue que tout le monde peut réussir. « Réussir, c’est faire ce que l’on veut ou peut faire. Ca ne veut pas forcément dire faire Sciences-Po ou l’ENA. » Pour elle, c’est la notion du diplôme qui casse tout en France.
>> Entre la rue et les cabinets ministériels
0811-06JoubertExergue
2005. Direction Strasbourg. Anne entame sa vie d’énarque. Trois ans d’études parmi la jeunesse dorée. A sa sortie, en mars 2008, elle devient chef de bureau à la Direction Générale de l’Action Sociale, chargée des politiques d’insertion et de lutte contre les exclusions. « Le poste que je voulais à la sortie de l’ENA ». Elle ne pouvait pas être ailleurs affirme-t-elle. « Rien n’a changé depuis mes 15 ans, sauf les moyens. J’ai toujours la même volonté révolutionnaire mais aujourd’hui, je peux influencer les politiques publiques. » La révolution dans les cabinets ministériels ? On imagine mal. A cela, Anne répond qu’elle a choisi « le plus difficile. C’est facile de manifester. J’en ai fait des kilomètres de République à Nation. Mon poste est difficile parce que les choses ne vont pas aussi vite, parce que j’ai une hiérarchie… ». Mais elle semble avoir trouvé son équilibre. Elle discute avec les ministres tout autant qu’avec les exclus. « Tant que je peux être utile, tant que je peux faire le lien entre les cabinets ministériels et les gens tout en bas, je continue. » Le jour où les contraintes administratives seront plus importantes, elle le dit sans ambages, elle ira ailleurs. Mais toujours au service des plus faibles.

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Share on LinkedInPin on Pinterest