Discriminations : SOS racisme continue d’être vigilant

Le 14 avril 2009
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0903-05Photo Où en est-on aujourd’hui des difficultés des jeunes des quartiers à trouver un emploi ? La situation s’est-elle améliorée ?

Dominique Sopo, président de SOS racisme. Il est toujours difficile de dire si la situation s’est améliorée. Aujourd’hui, nous sommes encore dans une logique de « ghettoïsation » qui est préjudiciable dans la recherche d’un emploi. En effet, les difficultés de transport sont souvent anticipées par les chefs d’entreprises qui écartent un CV parce que n’y figure pas la « bonne adresse ». Ces territoires sont également trop souvent vus comme des territoires à problèmes. Du coup, les réponses aux candidatures issues de ces quartiers sont très faibles. Enfin, les DRH ont des préjugés conscients ou inconscients car beaucoup de personnes issues de l’immigration habitent dans ces quartiers. Comme les DRH ne connaissent pas ces territoires, ils en ont une vision exotique. Et ça, c’est mauvais.

Que pensez-vous du Contrat d’Autonomie ?

C’est une bonne chose. Il est difficile d’inspirer la confiance des employeurs quand on n’est pas dans une démarche de confiance avec soi-même. Quand les gens ont des difficultés particulières, il est normal qu’on leur apporte une aide particulière.
Cela nécessite une formation lourde des encadrants car ils auront beaucoup d’obstacles à renverser face à ce type de public.

Quelles pistes préconisent SOS Racisme pour lutter contre les discriminations faites aux jeunes issus des quartiers dans leur recherche d’emploi ?

La France doit se doter d’un arsenal législatif. A SOS Racisme, nous souhaitons que soient instaurées des peines complémentaires. Les discriminations ne doivent pas être punies que s0903-05SopoExergueur le seul plan moral. Par exemple, il faudrait exclure des marchés publics les entreprises qui les pratiquent. Il n’est pas normal que ces sociétés reçoivent de l’argent de l’Etat si elles ne jouent pas le jeu de la République.
L’objectif n’est pas de condamner en masse les entreprises mais qu’elles vivent la question de la lutte contre les discriminations comme une priorité.
Ce n’est pas non plus un prétexte pour ne pas voir les problèmes sociaux globaux. Il faut traiter les discriminations mais il faut aussi répondre aux problèmes structurels comme l’enclavement des quartiers par exemple. Il n’est pas normal qu’un jeune de Clichy-sous-Bois ait des difficultés à aller travailler sur la plateforme de Roissy alors que la distance entre les deux villes est très faible. La France est très en retard dans les politiques publiques de lutte contre les discriminations. 

N’y a-t-il pas une amélioration ces dernières années ?

Il est vrai qu’il y a une prise en compte de ce problème aujourd’hui. Mais il y a encore une certaine frilosité des pouvoirs publics à agir. Si le discours républicain sur l’égalité de tous est prononcé sans que les réponses soient à la hauteur du problème, ce sera dramatique car il n’y aura plus d’adhésion aux principes républicains.
L’effort public doit être global. Tous les ministères doivent s’y mettre. Ce n’est pas uniquement l’affaire de la ministre en charge de la politique de la Ville.

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