Lamence Madzou, ancien chef de gang

Le 13 novembre 2008
1

Son nom a circulé dans les années 90. Lamence Madzou a aujourd’hui 35 ans. Son statut de chef de gang des Fight boys (Corbeil-Essonne) se tient désormais loin derrière lui. Il a pourtant décidé de raconter son histoire. A la tête d’une bande de cent personnes, son organisation a fait la une des médias. De 1988 à 1991, des bandes du Nord et du Sud de Paris s’affrontent pour le contrôle du centre de la capitale. C’est la « guerre des trois ans ». Un récit déclenché par une rencontre avec la sociologue Marie-Hélène Bacqué. Un livre comme un coup de poing destiné à réveiller le reste de la société.080908madzou2

Pourquoi avoir décidé de raconter votre histoire dans un livre ?

J’aimerais que mon expérience puisse servir. Je souhaite aussi qu’à travers mon petit bout de vie, les jeunes, les médias et les politiques cernent mieux les banlieues. Je voudrais relancer ce débat si important. Il est nécessaire de renouer le dialogue et d’essayer de trouver des solutions. La problématique des banlieues existe depuis trente ans. Il est temps de se pencher sérieusement sur la question ! La situation stagne, empire même, depuis au moins vingt ans !

De quelle situation exactement parlez-vous ?

Je demande aux gens d’être honnêtes et de venir voir le résultat. Les jeunes sont démotivés, ils n’y croient plus. Regardez ! La seule manière qu’ils ont trouvé pour s’adresser aux politiques, est de provoquer des émeutes. Ils ont vraiment besoin qu’on leur tende la main. Mais attention, je pense aussi que les jeunes ne doivent pas seulement se poser en victime, ils doivent être acteur de leur vie pour s’en sortir.

080908madzou

Pourquoi dites-vous que la situation a empiré ?

Quand je suis arrivé en France, il existait une vraie mixité sociale. Il y avait beaucoup plus de « français » dans les banlieues. Du coup, ça nous donnait de l’entrain, on avait envie de faire comme les autres. On suivait une dynamique. Au fil du temps, je me suis aperçu que le système français était discriminatoire. La preuve : aujourd’hui, si vous possédez un nom à consonance étrangère et que vous n’avez pas les moyens de vous loger dans le privé, vous vous retrouvez automatiquement dans une cité !

Selon vous, existe-t-il un décalage entre les jeunes et le monde du travail ?

On ne peut pas parler de décalage. Les jeunes instaurent un jeu. Ils fanfaronnent et disent souvent n’importe quoi. Mais après 10 ou 15 minutes d’entretien, ils livrent le fond de leur pensée. Et là, on se rend compte qu’ils veulent la même chose que tout le monde. Avoir un travail, fonder une famille… Au fil du temps, les quartiers se sont tellement repliés sur eux-mêmes qu’une identité propre s’est peu à peu installée. L’attitude que je viens d’évoquer en découle. C’est pourquoi il est urgent d’ouvrir la porte des cités.

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Share on LinkedInPin on Pinterest

Un commentaire Commenter

  1. baudry jennifer . 5 octobre 2011 . Répondre

    Bonjour,
    je suis psychologue dans un centre d’hébergement pour des adolescents ayant connu pour beaucoup de ruptures familiales, scolaires, sociales. Un éducateur m’a parlée de Lamence Madzou et depuis, je recherche activement l’opportunité de pouvoir ou m’entretenir avec lui ou de le rencontrer. En effet, je me suis rendue compte que beaucoup de discours de jeunes sont teintés de noirceur, ne laissant que trop peu de place à l’avenir et à leurs projets. Je souhaiterais qu’ils puissent entendre et comprendre que rien n’est jamais fini et que leur avenir se construit encore à l’heure actuelle. Ma démarche ici est de trouver une figure représentative et garante des éprouvés actuels des jeunes, figure à laquelle ils pourraient s’identifier et ainsi s’épanouir individuellement.
    Dans l’espoir que vous puissiez répondre à ce mail,
    Je vous laisse mes coordonnées: baudry9@yahoo.fr
    En vous remerciant sincèrement de votre attention,
    Dans l’attente de vous lire,
    Très cordialement,
    BAUDRY Jennifer