« Les jeunes des quartiers sont comme les autres jeunes » – Françoise Faujas. Institut C.L.E..

Le 24 novembre 2008
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Françoise Faujas est Directrice d’études de l’institut C.L.E. (Concept Lancement Etudes). Elle a réalisé une étude sur les jeunes concernés par le Contrat d’Autonomie pour Ingeus. Mode opératoire : 33 interviews individuelles pour mieux comprendre leurs attentes et leur regard sur le monde du travail.

S’il y avait une chose à retenir de ces entretiens, que nous diriez-vous ? Je me suis immédiatement rendue compte que les jeunes des quartiers ne sont pas différents des autres jeunes. Ils ont le même regard sur l’école, la société ou le travail. Et se posent la même question sur la manière de passer de l’école au travail. Ils vivent de la même manière cette période de transition souvent précaire.

0810-03FaujasDessin Ne se sentent-ils pas plus abandonnés que les autres ? Si ! Les jeunes qui vivent dans les quartiers concernés par les Contrats Urbains de Cohésion Sociale (CUCS), sont moins entourés. Un fort sentiment d’abandon ressort de leurs témoignages. Ils disent être seuls, livrés à eux-mêmes.

A quoi attribuez-vous ce sentiment d’abandon ? Les jeunes que j’ai rencontrés ont souvent échoué à l’école. Leurs premières recherches d’emploi n’aboutissent pas non plus. Ils n’ont pas confiance au système qui régit notre société. Résultat : ils accordent une très grande importance à la relation qui se noue avec ceux qui sont mandatés pour les aider. Ils doivent avoir le sentiment que leur interlocuteur joue le jeu. Et que le souhait qu’ils réussissent soit partagé. Je me suis aperçue qu’ils ont besoin que l’on croie en eux, de sentir que leur avenir est un enjeu pour quelqu’un d’autre. Finalement, plus qu’une aide matérielle, c’est le soutien psychologique et la relation de confiance avec le conseiller qui s’avèrent primordiaux. Les jeunes que j’ai rencontrés souhaitent être aidés mais ils ne supportent pas ceux qui ne se sentent pas concernés. Ils repèrent d’ailleurs très vite les personnes qui ne sont pas fiables. Ils dénichent rapidement les impostures. Tout ce qui n’est pas authentique est immédiatement démasqué.

0810-03FaujasExergue N’est-ce pas signe d’une maturité précoce ? Je ne peux pas généraliser. Mais ce qui est très fort c’est qu’ils ont conscience de leurs défauts ou de leurs manques. Il savent qu’ils ont besoin d’être soutenus, motivés. Ils sont très lucides sur leur situation. Sur leur côté instable aussi : s’ils ont le sentiment de ne pas être entendus, ils peuvent se laisser entrainer dans quelque chose qui ne leur ressemble pas et du coup tout laisser tomber quelques jours plus tard. Par exemple : ils estiment que les problèmes d’orientation scolaire sont dus au manque d’écoute. Ils pensent qu’on a cherché à les mettre dans des cases. Et ce qui est paradoxal, c’est qu’ils ont du mal à exprimer ce qui leur plaît.

Vous avez été surprise de constater tout ça ? Je ne pensais pas trouver une demande aussi précise, je parle du besoin d’être encouragé. Ils ne sont pas en rébellion contre la société. Il suffirait qu’ils aient le sentiment d’être soutenus pour changer d’attitude. Le fait de ne pas avoir été aidés leur donne un regard plus lucide sur les relations humaines. Ils ont le sentiment d’être très vite stéréotypés : « si je ne réussis pas, on va encore dire que l’on n’est pas motivés », pensent-ils. Il y a également un très fort sentiment d’injustice. Ils se sentent très vite jugés lorsqu’ils trouvent qu’on leur pose des questions trop inquisitrices !

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