Magyd Cherfi, ex-Zebda : « En France, on demande aux jeunes des cités d’être gaulois »

Le 21 novembre 2008
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 0810-04CherfiPhoto Né à Toulouse en 1962, Magyd Cherfi est chanteur et parolier du groupe Zebda jusqu’en 2003. Depuis cinq ans, il chante en solo et écrit des recueils largement autobiographiques comme La Trempe (Éditions Actes Sud), dans lequel il raconte son enfance dans une cité du Sud et ses blessures.

Quelles sont les difficultés des jeunes issus des quartiers défavorisés ?
La principale difficulté, la plus périlleuse à mon sens, est le sentiment de ne pas appartenir à une nation, à un Etat, à une société. Les enfants de l’immigration se définissent comme administrativement français mais n’ont pas le sentiment d’être chez eux. Par conséquent, cela pose un problème pour l’insertion car ces jeunes ont l’impression qu’on ne veut pas d’eux.

D’où vient ce sentiment d’après vous ?
Aux Etats-Unis, quand un blanc regarde un noir dans la rue, il sait qu’il est américain. En France, c’est très différent. On est français quand on est blanc. Aux USA ou en Grande-Bretagne, on demande aux minorités d’être américain. En France, on leur demande d’être gaulois. Il y a une volonté de conserver un patrimoine culturel séculaire. Etre musulman, être noir ne rentre pas dans ce cadre.
Dans les années 1980, les enfants de l’immigration se revendiquaient de la République française et de ses valeurs. Mais les années ont passé, et pas un pas n’a été fait. Aujourd’hui, ils se revendiquent de l’Islam ou d’un pays qu’ils ne connaissent pas car ils se disent que les valeurs de la République ne fonctionnent pas dans le réel. Il y a un certain cynisme qui consiste à dire que c’est une arnaque.

Comment expliquez-vous votre réussite ? Quelle a été votre force ?0810-04CherfiExergue
J’étais dans une cellule familiale où la principale motivation était la réussite scolaire. Ils ont tout fait pour nous mettre en relation avec un réseau de personnes : des infirmières, des médecins, des instits… Ces personnes ont accepté de nous aider et une mécanique affective et sociale s’est mise en place. C’est finalement à travers toutes ces rencontres que j’ai adhéré à certaines valeurs. Mais je m’accorde le droit de les questionner.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes issus des quartiers défavorisés ?
Je leur dirais simplement que la balle est dans notre camp. C’est nous qui bâtissons la France. Elle sera multicolore, pluriculturelle. Elle aura aussi d’autres références que la « gauloisité ».
Je refuse de leur dire de faire un effort double. Ce n’est pas normal qu’on ait à faire plus d’efforts que les autres. C’est bien qu’il y a un problème.
J’attends des signaux politiques forts. Quand la Marseillaise est sifflée, tout le monde monte au créneau. Quand un supporter imite un singe lorsqu’un joueur de foot noir entre sur le terrain, rien n’est fait. Et ça, ça casse la mécanique. Tant qu’il n’y aura pas de signe politique fort, rien ne sera possible.

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