Marc Hatzfeld : « Dans les banlieues, les populations modestes sont soumises à une gestion quotidienne de la pauvreté. »

Le 25 décembre 2008
0

0811-05HatzfeldPhotoMarc Hatzfeld est sociologue indépendant et dispense notamment des cours à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. Travaillant principalement dans les banlieues, il est auteur de nombreux ouvrages sur ce thème dont La culture des cités, une énergie positive, paru aux éditions Autrement.

Quelle est cette énergie positive dont vous parlez dans votre livre ?
Elle est diverse. C’est d’abord l’énergie d’une jeunesse nombreuse, diverse, très attentive au monde contemporain, très inventive également car elle dispose de plusieurs systèmes de références culturelles. Elle touche aux arts, à la langue, aux modes de sociabilité, à la morale quotidienne. Mais cela ne concerne pas uniquement la jeunesse. Beaucoup de gens, malgré les difficultés quotidiennes nombreuses, ont l’état d’esprit d’inventer et d’oser.
Pour quelles raisons ne parle-t-on que négativement des banlieues selon vous ?
C’est un mystère pour moi. Certainement parce que les gens qui en parlent ne connaissent pas les banlieues, qu’ils n’y vont pas ou qu’ils rasent les murs et ont peur quand ils s’y rendent.
Pourquoi cette énergie ne réussit-elle pas à se dégager ?
Cette énergie est visible à l’œil nu mais il existe un mouvement contradictoire. D’un côté, il y a un potentiel d’énergie, d’intelligence et de créativité. De l’autre, il y a des situations de vie de plus en plus rudes. C’est une question de disponibilité mentale. Dans les banlieues, les populations modestes sont soumises à une gestion quotidienne de la pauvreté. Leur environnement de vie est dur, qu’il s’agisse des conditions de logement, de transport ou de leur santé. Il n’est pas facile de donner libre cours à son imagination, à ce qui nous habite dans ces conditions. Cela plombe l’énergie. Par ailleurs, les règles fiscales, commerciales ou bancaires ne sont guère favorables à un entreprenariat populaire reposant sur une activité personnelle ou familiale en circuit court.
0811-05HatzfeldExergue
Que pensez-vous du Contrat d’Autonomie ?

Je ne connais pas ce contrat dans ses détails. Néanmoins, je pense que toute proposition permettant aux gens de prendre des initiatives économiques sont des propositions positives. L’énergie positive dont je parlais est largement entrepreneuriale. Venant souvent de régions du monde où il est plus facile d’entreprendre, de lancer un petit commerce ou un artisanat, ces populations pourraient très bien, si on leur donnait les conditions, lancer leur entreprise en France. Le problème est que tout le monde n’a pas accès au crédit et au mécanisme complexe du fonctionnement économique et entrepreneurial européen.
Pour monter une entreprise, plusieurs années sont nécessaires. Il faut donc que le fisc ou le droit du travail et de la concurrence patientent un peu pour que les gens fassent leurs preuves.

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Share on LinkedInPin on Pinterest