Le manifeste de Lilian Thuram pour l’égalité

Le 20 avril 2012
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Après la publication de « Mes étoiles noires en 2010 », et dans la continuité de sa Fondation « Education contre le racisme », le footballeur champion du monde publie un « Manifeste pour l’égalité », un tour d’horizon exigeant de toutes les choses qui pourraient faire changer les mentalités.

Lilian-Thuram-Ingeus> Changer les imaginaires

« Je me suis senti noir pour la première fois en arrivant de Guadeloupe en France à l’âge de 9 ans » explique Lilian Thuram en préambule du livre « Dans le regard des autres ».

Plus tard, il constate que les personnes discriminées elles-mêmes finissent par intégrer ces préjugés, souvent par méconnaissance de leur propre histoire ou par dévalorisation de celle-ci.

Dans sa présentation du livre au forum des Halles à Paris, Lilian Thuram raconte cette anecdote : « Lors d’une intervention dans un collège de banlieue parisienne, je demande aux élèves : « Qui est bilingue ? » Aucun ne lève le doigt. Je poursuis : « Ah bon ? Aucun de vous ne parle arabe ? » Les jeunes finissent par admettre que pour eux, être bilingue, c’est parler français et anglais, pas arabe ».

A la question « Qui est français dans votre classe ? », il n’obtient pas de réponse. « Vous rigolez ! » s’exclame-t-il. Cette fois encore, la discussion montrera que la plupart d’entre eux avaient la nationalité française.

Avec Le manifeste pour l’égalité, il souhaiterait changer avant tout les imaginaires imposés. « Il ne s’agit pas de donner des clés pour se défendre », précisent Marion Chatizel et Anne-Charlotte Sangam, les éditrices du livre, mais plutôt d’« une volonté de décortiquer les mécanismes qui reproduisent les idées fausses. »

Pour cela, Lilian Thuram a invité d’éminents scientifiques : anthropologues, sociologues et linguistes.

Tous évoquent l’urgence d’en finir avec la hiérarchisation des cultures. Analyser, comparer, oui, mais ne pas mettre en concurrence les êtres et les civilisations. Montrer au contraire que ces dernières ont toujours interagi et se sont enrichies mutuellement.

L’anthropologue Yves Coppens rappelle que de nombreuses espèces d’hommes préhistoriques ont existé en même temps. Ce n’est pas l’une, meilleure, qui a remplacé l’autre, moins performante, comme on l’a longtemps cru.

> Se percevoir autrement

Pour se libérer des clivages et se percevoir autrement, les auteurs engagent à une relecture des événements.

La journaliste et politologue Françoise Vergès est spécialiste de l’histoire coloniale. Pour elle, il ne faut plus voir la question de l’esclavage seulement sous l’angle de la victimisation mais l’envisager comme un système économique, culturel et social. Mesurer l’ensemble des créations des esclaves : musiques, langues, savoirs, technologies.

Elisabeth Caillet, experte en médiation culturelle ayant travaillé longtemps au Centre National des Arts Plastiques, intervient régulièrement dans les musées. Elle juge indispensable de toujours contextualiser. Lors de l’acquisition et de la présentation des œuvres d’art, il convient de toujours préciser l’environnement dans lequel elles ont vu le jour. Et de toujours se mettre à la place de ceux qui vont les recevoir.

> Anti fataliste

« Lilian Thuram est un compétiteur, il ne craint pas la complexité et l’a valorisée dans ces rencontres », racontent ses éditrices. « Finalement, le livre est comme lui, anti fataliste. »

Pour l’ex-footballeur, une belle conclusion serait qu’un jour, en demandant aux enfants combien il y a de races, ils ne répondent pas : « La blanche, la noire, la jaune et la rouge » mais : « Votre question n’a pas de sens, Monsieur Thuram ! ».

En + : « Exhibitions, l’invention du sauvage. » Lilian Thuram est commissaire de l’exposition à voir au musée du quai Branly à Paris, jusqu’au 3 juin 2012.

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