D’ de Kabal : un homme de mots au-delà des formats

Le 6 novembre 2009
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Kabal Pour la deuxième année consécutive, D’de Kabal et sa compagne Marie Labarrière, proposent au théâtre de Chelles (Seine-et-Marne) du 6 au 10 novembre 2009 leur université mobile du hip hop. Au programme : rencontres, spectacles et débats autour du hip hop pour confronter les regards sur cette discipline.

Dès les premières minutes de nos échanges, le ton est donné. Interrogé sur les moments clés de sa carrière, D’ explique : « J’ai arrêté de résumer quinze ans de ma vie en cinq phrases. Cette question est formatée. J’ai entamé un parcours de recherche autour du dire et de l’écrire, sans limite, sans restriction de forme. »

Rappeur, slameur, auteur de pièces de théâtre, metteur en scène… l’homme touche à tout. Le dénominateur commun de toutes ses activités : les mots. « Le mot n’est pas un objet plat. Il est rempli, dense, il a du relief. » Le mot comme une arme pour faire bouger les lignes. Parler toujours, comme ce 30 septembre dernier dans un bus de la région parisienne. Des agents de la RATP immobilisent le véhicule pour un contrôle des tickets. D’ leur fait savoir, un peu trop fort, que bloquer un bus pendant plusieurs minutes alors que certains passagers ont un travail ou des choses à faire est incommodant. Aux policiers appelés en renfort, il refuse de montrer ses papiers. Il finira au poste de Drancy menotté pendant une heure : « Il était hors de question de me faire taire ».

Parler pour se sauver soi-même également. A l’aube de devenir père, D’ s’interroge sur ce qu’il va transmettre à ses enfants. Antillais, ayant grandi à Bobigny, D’ ne connaît pas son père. Alors il investit des groupes de parole pour comprendre ce qu’est l’identité antillaise. Progressivement, ses questions trouvent des réponses. « Je me suis trouvé. J’ai une notion de mon « squel-être ». J’ai une base qui se solidifie avec le temps. Ca aide pour la suite. »

Contrairement à son époque, D’ reconnaît que la question identitaire est aujourd’hui très présente dans les quartiers. « Les jeunes ne sont pas vraiment considérés comme français car ils n’ont pas la bonne couleur. Ils ne sont pas de Paris car ils habitent en banlieue. Et quand ils retournent au pays, on les considère comme des français car ils sont nés et ont grandi en France. » D’ acquiesce. « Ca peut freiner l’insertion. C’est à nous de travailler de notre côté mais certains ne nous laissent pas la place. Une loi n’y changera rien. C’est le discours général qui doit évoluer.»

En attendant, D’ lutte à son niveau. Il organise pour la deuxième année l’université mobile du hip hop. L’objectif : changer le regard sur les gens qui sont nés et ont grandi avec cette culture. « Y compris notre propre regard. Le hip hop n’est pas qu’une discipline de jeunes des quartiers. Avec cette université, je veux confronter les regards, échanger nos approches techniques et pédagogiques, faire bouger les lignes à l’intérieur de notre propre culture. »

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